Je vous prends sans vert

CHAMPMESLÉ - Jean de LA FONTAINE

Comédie en un acte.[1]

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain, le 1er mai 1693.

 

Personnages

 

SAINT-AMANT

JULIE, sa femme

DORAME, père de Julie

MONTREUIL, neveu de Saint-Amant

CÉLIANE, cousine de Julie

TOINON, suivante de Julie

LUBIN, fermier de Saint-Amant

TROUPE DE PAYSANS

TROUPE DE PAYSANNES

BERGERS

BERGÈRES

FLORE

DEUX NYMPHES DES FLEURS

DEUX ZÉPHYRS

 

La scène est dans un jardin qui regarde le château de Saint-Amant.

 

[1] Je vous prends sans vert est un ancien jeu ou divertissement de société, auquel on se livrait surtout pendant les premiers jours de mai. Il fallait, pendant un temps désigné, porter toujours sur soi un brin de verdure. Si l’on était pris sans cela, on donnait tel gage convenu, on subissait telle pénitence indiquée. Il s’agissait, par conséquent, de surprendre la personne avec qui l’on jouait, dans les circonstances les plus propres à lui faire oublier son vert.

Ce jeu introduisit dans le langage l’expression « prendre sans vert, » ayant le sens de prendre au dépourvu :

C’est ce qui fait toujours que je suis pris sans vert.

(Molière, l’Étourdi, acte III, scène V.

Pour cette heure, monsieur, vous m’avez pris sans vert.

(Quinault, l’Amant indiscret, acte I, scène III.)

C’est le jeu galant qui a fourni le titre de la petite pièce que nous publions. Ce jeu, on l’a pu voir par deux scènes de Ragotin, était encore en usage au XVIIe siècle, quoiqu’il ne fût plus de bon ton, comme le fait observer Julie (scène V).