BOISROBERT (François Le Métel de) 1589-1662
Biographie
Fils d’un Procureur de la Cour des aides de Rouen, Boisrobert a fait des études de droit pour devenir avocat et s’inscrivit quelque temps au barreau de Rouen. Il vint à Paris, peu avant 1620, et fit d’abord partie du principal groupe de poètes libertins autour de Saint-Amant et de Théophile de Viau. Après le procès de ce dernier, Boisrobert rejoignit la mouvance de Malherbe, ce qui lui permit de prendre pied à la Cour puisque, dès l’année suivante, il participait au ballet des Bacchanales, représenté au Palais du Louvre en février 1623. Il abjura le protestantisme en 1621, fut ordonné en 1623 et devint abbé de Châtillon-sur-Seine.
En 1625, il participa à une ambassade à Londres et, en 1630, il se rendit à Rome où il gagna la faveur du pape Urbain VIII qui lui donna le prieuré de Nozay, d'une modeste valeur annuelle de 170 livres. Ce protestant converti à la religiosité plus que douteuse devint alors chanoine de Rouen. À partir de 1623, il entra dans les bonnes grâces du cardinal de Richelieu grâce à son esprit, à l’agrément de sa conversation et à son talent satirique. Il devint son favori éveillant nombre de jalousies. Mais outre cela, et surtout, « Le Bois » était l’un des rares personnages qui arrivait à faire rire le Cardinal et ainsi le distraire de ses lourdes affaires d’État. Suivant son humeur, le Cardinal l’appelait : « Le Bois », lorsqu’il était content et cherchait à plaisanter ; « Robert » plus familièrement, lorsqu’il voulait lui soutirer quelque potin ; « Bois-Robert », lorsqu’il s’agissait d’une affaire officielle.
Dès 1627, l’étendue de son savoir, la pénétration de sa psychologie et son incomparable entregent, en ont une espèce de Secrétaire d’État aux Affaires Culturelles, sans en porter le titre, de Richelieu et, avec Claude de L'Estoile, Pierre Corneille, Guillaume Colletet et Jean Rotrou, l’un des cinq auteurs qui mettaient en œuvre les idées du cardinal en matière dramatique. Il faisait partie des réunions littéraires qui se tenaient chez Valentin Conrart et en vanta l’intérêt à Richelieu, qui le chargea de proposer aux membres de cette assemblée de la constituer en société publique : ce fut le début de l’Académie française, dont il fut l’un des premiers membres, et l’un des plus actifs, n’hésitant toutefois pas à se moquer de sa lenteur dans l’élaboration du dictionnaire :
Depuis six mois dessus F on travaille ;
Et le destin m’aurait fort obligé,
S’il m’avait dit : Tu vivras jusqu’au G.
Il ne réussit jamais à faire une œuvre digne de la postérité. Cependant, enrichi par les bénéfices que lui procurait la haute protection du cardinal, il se montra généreux envers les hommes de lettres. Son style de vie a donné des armes toutes prêtes à ses ennemis. Il tomba plus d’une fois en disgrâce, mais, le plus souvent, jamais pour longtemps, bien que dans ses dernières années, il ait été obligé de donner plus d’attention à ses fonctions de prêtre. Gui Patin dit de Boisrobert : « C’est un prêtre qui vit en goinfre, fort déréglé et fort dissolu ». Il était joueur, aimait la bonne chère, et ne cherchait pas à dissimuler son homosexualité et ses aventures avec les domestiques.
Il avait une passion pour la comédie. Il fréquentait assidûment l’Hôtel de Bourgogne et se montrait si grand admirateur du comédien Mondory qu’on le surnomma l’« abbé Mondori ». Il finit par régenter cet Hôtel, pour Richelieu, mais ses fonctions causèrent un grand scandale lorsqu’à une représentation très privée, il fit rentrer la petite Saint-Amour, « la plus grande gourgandine de Paris », alors que Gaston d'Orléans, frère du Roi, prince du sang, eut les plus grandes peines à y assister… Louis XIII s’en émut et tança Richelieu qui le prit très mal… Il connut là sa plus grande disgrâce. C’était également un familier de Ninon de Lenclos.
Sa conduite trop publiquement licencieuse lui valut, en janvier 1641, d’être disgracié par Richelieu qui lui défendit de paraître devant lui. Mais le cardinal ne tarda pas à regretter son familier, qui avait su devenir indispensable. Un jour qu’il était tombé malade, son médecin lui dit : « Monseigneur, toutes nos drogues sont inutiles, si vous n’y mêlez un peu de Boisrobert ». Il lui fit une ordonnance qui portait seulement les mots Recipe Boisrobert, et le cardinal suivit ce conseil et rappela l’abbé.
Après la mort de Richelieu, Boisrobert s’attacha, mais avec un moindre succès, au cardinal Mazarin qu’il servit fidèlement sous la Fronde, sans en être d'ailleurs très récompensé ; il fut même à nouveau exilé pour blasphème en 1655. Il entra en rivalité avec Paul Scarron. Ce fut l’une de ses dernières querelles.
Œuvres
Théâtre
- 1623 : Les Fêtes de Junon la Nopcière (Ballet) avec Jean Ogier de Gombauld
- 1624 : Le Ballet des voleurs (Ballet)
- 1627 : Les Nymphes bocagères de la forêt sacrée (Ballet)
- 1631 : Pyrandre et Lisimène ou l’heureuse tromperie ou la belle Lisimène (Tragi-comédie)
- 1635 : La Comédie des Tuileries (Comédie) avec François Colletet, Pierre Corneille, Claude de l’Estoile et Jean de Rotrou
- 1637 : L'Aveugle de Smyrne (Tragi-comédie) avec Guillaume Colletet, Pierre Corneille, Claude de l’Estoile et Jean de Rotrou
- 1639 : Les Rivaux amis (Tragi-comédie)
- 1640 : Les Deux Alcandres ou les deux semblables (Comédie) ; Palène (Tragi-comédie)
- 1642 : Le Couronnement de Darie (Tragi-comédie) ; La Grande pastorale (Pastorale) avec François Colletet, Pierre Corneille, Claude de l’Estoile et Jean de Rotrou
- 1643 : La Vraie Didon ou la Didon chaste ou les amours d'Hiarbas (Tragédie) avec François Colletet, Pierre Corneille, Claude de l’Estoile et Jean de Rotrou
- 1649 : La Jalouse d’elle-même (Comédie)
- 1651 : La Folle gageure ou les divertissements de la comtesse de Pembroc (Comédie)
- 1652 : Les Trois Orontes (Comédie)
- 1653 : La Belle plaideuse (Comédie) ; Cassandre, comtesse de Barcelone (Tragi-comédie) ; L’Amant ridicule (Comédie)
- 1654 : Les Généreux ennemis (Comédie) ; L'Inconnue ou l'esprit follet (Comédie)
- 1655 : Les Apparences trompeuses (Comédie) ; Les Coups d’Amour et de Fortune ou L’heureux infortuné (Tragi-comédie)
- 1656 : Théodore, reine de Hongrie (Tragi-comédie) ; La Belle invisible ou les constances éprouvées (Comédie)